Noël : « Une grande joie pour tout le peuple ! »

Noël : « Une grande joie pour tout le peuple ! »

Noël : « Une grande joie pour tout le peuple ! »  

La joie est très présente dans le mystère de Noël : dans une nuit ténébreuse, à l’image de notre monde et parfois de nos cœurs, cette joie vient de l’Enfant – Dieu qui s’offre à celui qui veut bien s’approcher de Lui, le cœur ouvert.

Ne soyons pas comme Hérode qui a peur et laisse ses mauvaises passions le dominer.

Ni comme les gens de Jérusalem : trop affairés, alors qu’ils ont su que le Sauveur était né !

Ni comme les habitants de Bethléem : jaloux de leur confort, égoïstes, incapables de compatir devant une famille en difficulté…

Le résultat pour eux ? Dépit ; chagrin ; douleur ; désolation ; désespoir ; mélancolie ; dégoût ; désenchantement.

Soyons plutôt comme les bergers : ils sont restés éveillés dans la nuit, fidèles à leur devoir d’état. Leur spontanéité pour répondre à l’appel des anges montre qu’ils avaient gardé la Foi et l’Espérance : leur cœur était prêt.

Soyons aussi comme les Mages qui ont pris la peine de chercher activement, par souci de vérité et de justice, Celui qui tient entre ses mains le destin du monde.

Soyons enfin comme Syméon et Annemodèles de prière et de fidélité : au Temple, ils sont à l’écoute de l’Esprit de Dieu, devenus ainsi capables de voir le Sauveur dans ce tout petit Enfant.

Le résultat pour eux ? « Ils se réjouirent d’une très grande joie » (Mt 2) – « Les bergers, glorifiaient et louaient Dieu pour tout ce qu’ils avaient entendu et vu » (Lc 2) – « Elle proclamait les louanges de Dieu et parlait de l’enfant à tous ceux qui attendaient la délivrance de Jérusalem » (Lc 2).

La rencontre avec Jésus fait jaillir la joie dans les cœurs ! Allégresse ; béatitude ; exultation ; félicité ; jubilation ; ravissement ; Paix profonde, non superficielle. Oui, vraiment, ce sont bien eux qui ont gouté la joie de Noël ! Car « Là où est Jésus, là est la joie », nous rappelle le Pape François.

Crèche Noel

Et nous, aujourd’hui encore, pouvons- nous trouver l’Enfant-Dieu, source de cette joie ? Oui, allons à la crèche !

Mais où est cette crèche ? Elle est :

Dans notre maison, sous le sapin ou au salon…. « Venez ! » : Prenons le temps de contempler dans le silence et le recueillement le petit enfant de la crèche. Laissons-nous toucher par ce mystère, laissons le Seigneur nous redonner ce cœur d’enfant que nous avons peut-être perdu. Aurions-nous peur que Dieu nous parle ? Qu’Il nous dépouille ? Comment avoir peur d’un petit enfant qui nous ouvre les bras ?

Dans notre cœur…. « Venez ! » : Sans doute est-il bien pauvre comme la grotte de Bethléem…mais nous pouvons toujours y mettre au moins la chaleur de l’amour et c’est là que le Seigneur vient car « Ne savez-vous pas que vous êtes le Temple de l’Esprit Saint ? » (1 Co 3,16).

 

« Venez ! » Car nous pouvons vraiment rencontrer Jésus !

Dans la prière calme et recueillie.

A chaque communion. Et lorsqu’Il est là, en nous, prenons bien le temps de Lui parler, de penser à Lui, de Le serrer sur notre cœur. Demandons à Marie de nous aider à L’aimer.

Dans nos églises, au tabernacle. Le laisserons-nous seul ? Qui prendra de son temps pour venir auprès de Lui ? Le remercier d’être là, toujours, pour nous …

Alors, « devant la crèche, nous sentirons notre cœur se remplir de joie ». « Notre cœur sera plein de joie, et nous pourrons l’apporter là où il y a de la tristesse » (Pape François, à Greccio, le 1er décembre 2019).

Et « Nul ne vous ravira votre joie ! » (Jn 16, 22)

 

Les religieuses de la Famille Missionnaire de Notre-Dame

TEMOIGNAGE DE  BERNADETTE ET JEAN JACQUES SELIN À MADAGASCAR

TEMOIGNAGE DE BERNADETTE ET JEAN JACQUES SELIN À MADAGASCAR

BERNADETTE ET JEAN JACQUES SELIN À MADAGASCAR

BERNADETTE ET JEAN JACQUES SELIN À MADAGASCAR

« Papa, maman, je vous ai trouvé une idée vacances »

Il me faut un ou des volontaires pour aller aider une communauté de Saint Gabriel à Madagascar, Ils veulent développer une production laitière dans une ferme. Vous avez le profil, il faut que vous y alliez.

C’est suite à cette proposition de Anne, notre fille qui était référente DCC à Madagascar à l’époque, que nous commençons à réfléchir à ce qui était pour nous au départ un défi. Neuf mois après, nous débarquions à Tananarive un beau matin de janvier 2021…

Nous arrivons le 3 janvier 2021 à Tananarive avec obligations liées au COVID : test, quarantaine dans un hôtel. Nous nous adaptons à cette nouvelle vie : chaleur moite, les odeurs, des enfants partout… Nous découvrons aussi les vertus du Mora Mora, qui peut se traduire par « pas d’affolement ». Après un périple de plus de 12 heures en bus, nous arrivons à Majunga. Nous vivrons dans une petite location à Belobaka, le long de la nationale. Nos premiers pas sur la ferme seront un choc: pas d’électricité, pas d’eau courante, les ouvriers et les enfants (3 ou 4 par familles) ne parlent pas français et sont illétrés. Nous apprenons alors que le développement de l’activité laitière, le but de notre mission, ne se fera pas dans un premier temps : pas de financement… Nous nous investissons du mieux que nous pouvons malgré tout dans la vie de la ferme. Nous essayerons pendant ces 3 mois d’apporter le peu d’expérience en agriculture que nous avons. Nous participons aux travaux de la ferme avec frère Jonah, notre référent et les ouvriers. Nous les aidons à développer une pépinière où sont produits des plants d’arbres. Madagascar vit une déforestation catastrophique, et le mot est faible. Nous aménageons ensuite le seul puit de la ferme : pose d’un portique et d’une poulie pour que les femmes de la communauté puissent accéder plus facilement à l’eau. Nous les aidons aussi dans le maraichage que frère Jonah essaye de développer.

Tout cela se fait évidemment avec le minimum de matériel : deux zébus de trait, une charrue, quelques fourches et pelles ainsi qu’une hache. Celle-ci servira à dégager plusieurs arbres après un cyclone. Nous planterons également une vigne de raisin de table. Nous organiserons également plusieurs opérations « grand nettoyage », la ferme en avait bien besoin. Le plus marquant c’est que tout cela se fait dans la bonne humeur et avec le sourire.

Les Malgaches que nous cotoyons sont complètement démunis, le salaire journalier est de 1,10 euros. Ils montrent malgré tout une joie de vivre qui nous laisse pantois. Une grande fraternité règne sur la ferme, ce sera pour nous petits européens, habitués à vivre avec nos codes, une grande leçon de vie.

Nous ferons également de très belles rencontres d’expatriés : le père Bernard originaire de Pouzauges, qui vit son apostolat dans une paroisse de la banlieue de Majunga. Nous sommes émerveillés par son altérité. Nous passerons beaucoup de temps avec les Huguenins qui sont envoyés par la DCC pour 2 ans, à « Ecole du Monde ». La rencontre d’expatriés vivants à Majunga depuis plusieurs années nous enrichit de par leur expérience et leur vision de Madagascar.

Au terme de ces trois mois, somme toute vite passés, nous espérons avoir apporter à nos hôtes un peu de notre expérience et de notre sens de l’organisation.

Nous avons essayé de leur montrer que la rigueur qui leur fait cruellement défaut, peut parfois être utile. Nous avons aussi tenté de montrer que les vazas « les blancs » ne sont pas seulement des profiteurs et des accaparateurs.

Pendant notre séjour, nous avons toujours tenu à partager leur quotidien sans aucune hiérarchie.

La joie de vivre, la gentillesse des Malgaches, le regard et les sourires des enfants de la ferme, resteront toujours pour nous de merveilleux souvenirs.

Il est d’ailleurs dans nos projets de retourner un jour dans ce pays si attachant.

 

Bernadette et Jean-Jacques SELIN

TEMOIGNAGE DE GEORGES GOURAUD EN TANZANIE

TEMOIGNAGE DE GEORGES GOURAUD EN TANZANIE

TEMOIGNAGE DE GEORGES GOURAUD EN TANZANIE

Petit Frères de l’Evangile (de Charles de Foucauld), je viens de quitter l’Afrique de l’Est où j’ai vécu la plus grande partie de ma vie religieuse, principalement en Tanzanie. J’ai vécu en communauté surtout dans deux villages, l’un au centre de la Tanzanie, région semi-désertique où se construit la nouvelle capitale du pays, Dodoma, et l’autre au nord, non loin de la ville d’Arusha, point de départ des circuits touristiques des parcs et du Kilimanjaro.

            Religieux à la suite de Charles de Foucauld, nous avons voulu être présents à ces gens vers qui nous avions été envoyés : insertion simple au milieu d’un village, travail agricole pour subvenir à nos besoins, participation à la vie du village, contacts d’amitié… Cette présence de notre fraternité était marquée par la prière, autour de l’adoration du Saint Sacrement et de la Célébration Eucharistique. Cette présence se voulait annonce de l’Évangile à travers notre vie communautaire, notre vie de prière et tout ce que nous pouvions faire pour annoncer l’Évangile…

            L’endroit de notre première insertion de fraternité dans le centre de la Tanzanie avait été choisi par l’évêque du lieu car distant de tout centre paroissial et ainsi moins ‘ visité ‘. Petit à petit un petit noyau de nouveaux chrétiens s’est constitué autour de notre fraternité, suscité par elle. Quelques années après, un embryon de paroisse est né… Pour la deuxième insertion à laquelle j’ai participé, nous avons été envoyés dans un village du Nord où déjà existait une communauté chrétienne organisée, dépendant d’un centre paroissial à une dizaine de kilomètres : insérés dans ce village, nous avons travaillé avec les prêtres et agents paroissiaux de cette paroisse, essayant par notre vie, nos contacts et nos actions d’aider cette communauté à cheminer.

            Au début de cette année 2021, atteint par une certaine limite d’âge, et surtout pour laisser plus ‘libres’ les frères africains laissés là-bas, il m’a fallu quitter ce pays où j’avais mis les pieds il y a quelques quarante ans.

Une Église Tanzanienne…

En quarante ans, l’Église Catholique de Tanzanie a beaucoup changé de visage. Dans les années 80, c’était encore une Église très dépendante de prêtres, religieux et religieuses venus de l’Occident (Europe et Amériques) ; il y avait encore deux évêques d’origine étrangère. L’Église de Tanzanie est maintenant entièrement africanisée. La majorité des prêtres, religieux et religieuses y sont tanzaniens, aidés par une minorité de « missionnaires » étrangers, mais africains venant du Congo, du Kenya, de l’Afrique de l’Ouest. Les vocations sacerdotales et religieuses y sont encore nombreuses, bien que l’on peut remarquer un certain tassement.

            Dans les années 80, l’Église avait un caractère missionnaire marqué : on allait vers les « autres » (époque de projets multiples de développement…), il y avait tout un souffle d’annonce de l’évangile (époque dorée des « petites communautés chrétiennes de quartier »)… Il y a toujours ce souffle, mais plus orientée vers l’intérieur : actuellement on développe beaucoup les infrastructures et on voit très grand : églises, presbytères, maisons de formation, couvents… L’Église veut et se sent avoir du poids dans la société ; elle affirme sa présence et sa puissance et veut montrer dans ses bâtiments et ses manifestations qu’on doit compter avec elle !

Eglise en Tanzanie

         Ces constructions (qui sont généralisées, au moins dans le diocèse d’où je viens) dépendent en fait peu de l’apport financier de l’extérieur, mis à part des maisons religieuses d’origine étrangère qui dépendent presque exclusivement de l’aide de l’extérieur. Paroisses et diocèses comptent pour une grande partie de leurs dépenses et constructions sur le soutien des chrétiens : leur générosité est remarquable pour subvenir aux besoins de fonctionnement des paroisses, à ceux des prêtres, aux constructions… Les chrétiens riches ou pauvres sont à vrai dire constamment sollicités, quelquefois lourdement, mais ils répondent d’une manière extraordinaire en participations financières ou en travail volontaire.

            Le clergé s’est africanisé entièrement en quarante ans ; le nombre des missionnaires étrangers a énormément diminué et ceux-ci viennent maintenant exclusivement de pays africains, mis à part quelques-uns venant d’Inde. Les vocations religieuses féminines sont nombreuses, celles d’hommes sont quasiment toute orientées vers le sacerdoce : la figure du religieux homme non-prêtre est peu comprise et dévalorisée, en conséquence leur place dans l’Église est peu mise en valeur et les vocations peu nombreuses…

Des points forts…

Eglise en tanzanie

Un des points forts de l’organisation et de la vie de l’Église Catholique en Tanzanie est l’orientation de la pastorale à partir des « petites communautés chrétiennes de base » : la Conférence Épiscopale les a lancées elle-même il y a longtemps, elle a fait de la « petite communauté chrétienne » la cellule de base de l’organisation interne ecclésiale. Tout chrétien fait automatiquement partie d’une communauté qu’il constitue avec les voisins partageant la même foi, voisins d’un même quartier, d’une même rue, etc. La « communauté » a pour but de tisser et de renforcer les liens entre les membres et de s’entraider à vivre leur foi chrétienne… Ils se réunissent une fois par semaine pour prier, écouter la parole de Dieu et partager sur l’évangile du dimanche suivant, voir et décider ensemble ce qui pourrait les aider à mieux cheminer chrétiennement et humainement dans leur vie : dans le village où j’étais il y avait 9 « petites communautés » qui se réunissaient chaque samedi matin très tôt avant le départ pour les champs ou le travail salarié. Bien sûr, toutes les « petites communautés » ne fonctionnent pas d’une manière idéale, loin de là : leur vitalité dépend souvent des responsables qu’elles se sont donnés, ce sont eux qui ont à susciter l’adhésion, à animer et à garder vivant le lien entre les participants en dehors des réunions. Mais même si leur fonctionnement n’est pas toujours idéal, elles ont le mérite de faire partie du paysage ecclésial : toute demande de baptême, de mariage ou autre passe par la communauté qui doit donner son avis, avis transmis ensuite aux responsables de la paroisse pour décision. 

            J’ai été frappé aussi par le poids qu’ont les comités paroissiaux (ou les comités de chaque chapelle, succursale de la paroisse). Bien que le curé ait une aura d’autorité très forte et que la plupart des décisions finales lui reviennent, les membres de ces comités ont un rôle très important au niveau décisionnel et de réalisation, les prêtres responsables doivent compter avec eux. Tout dépend des personnalités qui composent les comités, mais le président et son assistant, le secrétaire et son assistant et le trésorier (élus par les chrétiens) sont avec les prêtres de véritables animateurs de la communauté chrétienne.

Auxquels s’ajoutent un nombre important de catéchistes (salariés en général dans les centres de paroisse, volontaires dans les villages). Ce sont eux qui ont la charge de former, d’éduquer et d’accompagner la communauté pour sa vie chrétienne : ils s’occupent en premier lieu de la formation des catéchumènes pour le baptême, la formation des autres sacrements, etc. ; un de leur travail aussi est d’assurer les deux heures de « religion » qui sont alloués dans toutes les écoles (primaires ou secondaires, publiques ou privées) aux différentes dénominations religieuses… Là aussi, tout dépend de la personnalité et du degré d’engagement du catéchiste. Ils ont aussi le rôle d’animateur liturgique, ce sont eux qui prennent en charge les célébrations quand le prêtre est absent (ce qui arrive souvent, les paroisses ayant souvent des succursales nombreuses (chapelles) que les prêtres ne peuvent pas desservir toutes chaque dimanche.

            Comme point fort de l’Église de Tanzanie, je reviens sur la générosité des chrétiens ; Au niveau financier, celle-ci est très grande, quand on voit les bâtiments-églises construits, les besoins de l’organisation matérielle des paroisses et diocèses, le niveau de vie des prêtres, les besoins liturgiques… en grande partie grâce au soutien matériel et financier des fidèles. Remarquable est aussi le niveau de temps consacré à la marche de la paroisse ou du diocèse. Chaque église, même la plus humble chapelle de village, a sa (ses) chorale(s) qui se réunit(ssent) plusieurs fois par semaine, ses groupes de jeunes et d’enfants, ses associations de femmes, etc.

 

 

Des défis…

 

            Le visiteur occasionnel est frappé par les églises pleines le dimanche, que ce soit dans les églises de ville ou les chapelles de village ; on multiplie les messes. Et l’assistance reflète bien la composition générale de la population du pays : les assemblées dominicales sont composées de beaucoup de jeunes et d’adultes, on n’y voit que peu de personnes âgées. Souvent les enfants trop nombreux ont leur messe spéciale. Mais pour une foule bien présente dans l’église-bâtiment le dimanche, combien beaucoup de baptisés plus nombreux restent chez eux ? Et tous les autres ? C’est vrai que certains de ceux qui restent chez eux sont en contact avec les « petites communautés chrétiennes », qui à ce niveau permettent à ceux qui vont moins à l’église un ‘contact’ avec celle-ci. Mais ces églises pleines le dimanche peuvent faire illusion, faire ‘oublier’ les ‘autres’ et cacher un affaiblissement de sens missionnaire vers les ‘autres’, en se donnant bonne conscience que la « Bonne Nouvelle » a été annoncée.

            Ce grand nombre de baptisés qui régulièrement va à l’église entraîne une demande très forte des sacrements, cela demande beaucoup d’énergie, de temps et d’efforts de la part des agents pastoraux. La pastorale sacramentelle prend de fait une importance considérable, et c’est inévitable vu le nombre élevé de ‘pratiquants’. Mais cela risque d’être au détriment d’autres actions pastorales. Le défi pour les prêtres responsables est de trouver du temps et des forces pour ces activités pastorales non-sacramentelles : visites, malades, conseils, formation, accompagnement, etc., la demande des sacrements étant tellement importante ! A l’intérieur de la pastorale sacramentelle, se fait jour souvent un autre défi : concilier, d’un côté, le respect des règles du Droit Canon, et de l’autre, la compréhension miséricordieuse de la vie des gens et de leur chemin en regard de leur culture, leur tradition, leur histoire…

            Les églises sont pleines pour les célébrations… Les chorales, qui sont partout à l’œuvre même dans la plus humble chapelle de village, donnent à celles-ci une couleur locale : les Tanzaniens aiment chanter, chants toujours à plusieurs voix. Cela rend les célébrations plus vivantes, celles-ci sont souvent de haute tenue quant au rituel, mais elles restent un peu hermétiques pour les gens : il y a peu d’actualisation, peu de participation des fidèles qui souvent se contentent d’assister. Il y a là un autre défi pour une participation plus active des fidèles et une inculturation liturgique gardant intacte, mais la rendant plus accessible culturellement, la profondeur du mystère.

Prêtre Catholiques et locaux en Tanzanie

Les groupes de vie évangélique, les catéchistes, les laïcs engagés dans les « petites communautés chrétiennes » sont nombreux… Un autre défi pour l’Église de Tanzanie concerne la formation des laïcs, leur accompagnement, l’approfondissement de la foi, etc. Il y a tout un vivier de chrétiens qui aspirent à être plus formés pour mieux vivre leur foi, mieux en témoigner et mieux servir l’Église et la société. Cependant l’ambiance générale de l’Église est très cléricale, tout est très centré sur le prêtre ou vu à partir de lui : celui-ci est une figure presque sacrée qui se situe bien au-dessus du chrétien ordinaire et dont il est bien difficile de remettre en cause les décisions. Devenir prêtre (et aussi dans une autre proportion devenir religieux/se) ouvre sur un statut social élevé…

        

           

Ces quelques impressions sur le vécu de l’Église en Tanzanie sont partielles et ne sont qu’un petit reflet de ce qu’elle vit.

J’ai fait partie de cette Église pendant toute une grande partie de ma vie ; j’ai essayé de la ‘servir’, elle m’a beaucoup soutenu et apporté.

Je souhaite qu’elle continue son chemin en étant toujours plus annonce de la Bonne Nouvelle et accompagnatrice du vécu de ceux (celles) qui accueillent cette Bonne Nouvelle.

           

                       

            Avril 2021

Georges Gouraud

Petit Frère de l’Évangile

TEMOIGNAGE D’UN PRÊTRE ÉTRANGER

TEMOIGNAGE D’UN PRÊTRE ÉTRANGER

TEMOIGNAGE D’UN PRÊTRE ÉTRANGER

Suite à l’encyclique Fidei donum (Don de la foi) du pape Pie XII, publié en 1957, les diocèses africains mettent leurs prêtres à la disposition des diocèses qui sont dans le besoin, dont la région de Vendée. C’est dans ce cadre des accords entre les deux évêques que je suis en mission pastorale dans le diocèse de Luçon depuis septembre 2017.

Invité par l’abbé Michel FOURNIER à donner le témoignage sur ma pastorale de la réalité des « Prêtres venus d’ailleurs », je suis heureux de vous apporter ma modeste contribution sous forme de témoignage. Ce dernier essaie de répondre aux différentes questions que beaucoup se posent, sur les « prêtres étrangers en mission », pour ne pas dire comme certaines personnes « les prêtres venus d’ailleurs ». Y a-t-il eu du décalage entre l’image que je me faisais de l’église de France avant d’arriver ici avec la réalité ? Y a-t-il eu une déception ou une adaptation à la nouvelle culture ? Quels sont mes doutes, mes joies, mes peines, ma relation avec les paroissiens après mes deux nominations sur le diocèse de Luçon ? 

Mon témoignage ne consiste pas à faire un exposé académique sur ce que vous connaissez déjà de ces prêtres Fidei Donum : de leur statut, encore moins de l’historique sur cette réalité missionnaire toujours actuelle en France, et dans l’Eglise universelle. Tout simplement, en tant que prêtre venant du Rwanda, pays des mille collines, de l’Afrique centrale, quels sont mes constats ? Après deux ans d’activités pastorales sur les paroisses Notre-Dame du Marillet (La Chaize le Vicomte) et Saint Sauveur de Belle Croix (Saint-Florent des Bois), j’ai été nommé par Monseigneur François JACOLIN, comme prêtre coopérateur sur les paroisses Saint Pierre et Paul des Herbiers et Saint Jean-Baptiste des Collines (Les Epesses). De plus, les trois ans passés dans la région parisienne pour mes études à l’Institut Catholique de Paris (ICP), mon témoignage s’étend sur ces deux régions vendéennes un peu différentes, le sud-Vendée et le bocage.

Du point de vue pastoral : j’ai découvert et continue de découvrir une autre façon de travailler avec les fidèles en paroisse. Ici en France, le prêtre est un pasteur au milieu de son peuple. Pas un chef qui décide de tout par lui-même, comme on en trouve dans certaines églises africaines.

Le soutien des bénévoles en paroisse : ceci est un constat très positif. Surtout ici, dans le bocage vendéen, où j’apprécie l’engagement des laïcs dans la vie pastorale de l’église. Ces laïcs occupent une place très importante ; ils sont engagés bénévolement dans les groupes de préparation pour le mariage, le baptême, l’accueil et la conduite de sépulture, dans le Service Evangélique aux Malades (SEM), les équipes liturgiques, le Secours catholique, les équipes de fleurissement de l’église, etc. Je tiens à préciser que ces différents groupes fonctionnent de façon différente selon les paroisses. Comme pasteur sur les deux paroisses ci-haut citées, je le constate rapidement. L’engagement sur les Herbiers est très différent de celui de la paroisse Saint Jean-Baptiste des Collines. En tant que prêtre étranger, en mission parmi les prêtres natifs d’ici, je dirais même que nous ne pouvons rien faire sans l’appui de ces laïcs bénévoles. C’est parmi eux que nous nous faisons nos premiers amis.

La délicate intégration des prêtres « venus d’ailleurs » : C’est vrai que chaque personne arrivée dans un pays étranger éprouve beaucoup de difficultés même dans un pays frontalier. Imaginez combien des difficultés rencontre-t-il, une fois arrivé sur un autre continent ! Je dois reconnaître que nous nous heurtons à beaucoup de défis, et qu’il nous faut faire un ajustement petit à petit. Par exemple, au-delà des différences culinaires et vestimentaires, il y a la surprise de trouver un contexte social et culturel radicalement différent de ce que nous imaginions avant notre arrivée. Depuis mon arrivée en France, surtout dans la région parisienne, à la paroisse Saint-Pierre du Gros Caillou, dans le 7ème arrondissement, j’ai appris à vivre comme un Français : je dois essayer de m’habiller comme eux, m’efforcer de parler comme eux en imitant leur accent, m’adapter à leur alimentation, et m’acclimater au froid ainsi qu’à la neige. Il faut aussi apprendre à s’occuper de travaux ménagers, choses auxquelles nous ne sommes pas forcément habitués chez nous. J’avoue que ce que nous entendions de la France depuis l’Afrique est bien différent de la réalité !

 

Au moment où beaucoup de nos confrères prêtres ’’venus d’ailleurs’’ se disent frappés par la solitude, cela ne m’est pas arrivé jusqu’à présent. Bien sûr, la nostalgie du pays ne manque pas, mais je dois admettre que je suis bien accueilli et reconnu comme membre de la société avec des amis, voire même ceux que je considère comme la famille. À mon avis, l’accueil dépend en grande partie de l’accueilli. Néanmoins, j’ai pu observer cette solitude parfois, chez nos paroissiens, surtout chez les personnes plus âgées vivant seules, ou dans des maisons de retraite. Alors qu’en Afrique, la famille est toujours autour des parents. Jusqu’à présent, on vit et on termine la vie dans la famille. 

Quant aux différences de la célébration liturgique, nous éprouvons parfois le caractère ‘’triste’’ des assemblées dominicales car, selon mon point de vue, elles manquent de dynamisme. Bien sûr, chaque pays a une culture propre, ici ce n’est pas mal animé (« comme à la façon africaine ») mais les cérémonies sont pour la plupart très classiques. Cependant, les plus jeunes avouent qu’il leur manque de l’animation à leur goût, et ils ne viennent pas nombreux aux célébrations.

Une autre grande réalité à souligner, c’est la mission très difficile dans une ‘’église liquide ou fluide’’ comme le décrit Arnaud JOIN-LAMBERT. Une société occidentale très flexible, très précaire, individualiste, instable, avec une grande fragilisation de l’individu, sans le soutien traditionnel… Une société avec hyper-accélération, société poste-moderne, avec un rythme de croisière en tout, où on n’a pas le temps de se poser, où on est toujours à la course contre la montre. Par exemple, il ne faut pas prêcher longuement, même les cérémonies de baptême et de mariage sont réduites à leur strict minimum et ne doivent pas excéder 30-45 minutes, contrairement à ce qui se passe en Afrique.

En guise de conclusion, Je prie pour que, avec la foi et l’espérance, le Seigneur continue à susciter encore des vocations de prêtres en France et en dehors de la France, pour son service et celui de l’humanité tout entière. « Allez dans le monde entier. Proclamez l’Évangile à toute la création ». (Mc 16,15). Nous espérons, avec l’intercession de Notre-Dame de Lourdes et par l’enthousiasme et le zèle des prêtres Fidei Donum en France, que l’Église universelle continue d’annoncer toujours et partout dans le monde la Bonne Nouvelle à une « multitude des croyants ».

Abbé Janvier DUSABIMANA