Histoire et symbolisme de la crèche

En cette période de l’Avent et plus particulièrement lors de la nuit de Noël, chacun a pu et pourra se tourner vers la crèche. Comment notre regard ne peut-il pas être attiré par cette représentation naïve, artistique et pleine de cet esprit d’enfance qui sied à la fête de Noël. La crèche a une histoire, ses personnages portent un message, une symbolique qu’il est bon de rappeler.

REPRÉSENTER LA NATIVITÉ

A l’origine de la crèche, il y a d’abord la nativité elle-même, et son évocation dans les évangiles de Luc et Matthieu. St Luc est le seul à détailler un peu les circonstances de la naissance du Sauveur, tandis que St Matthieu, peu bavard sur la nativité elle-même, évoque, quant à lui, l’épisode des mages, puis la fuite en Egypte. Le terme « crèche » qui évoque cette mangeoire dans laquelle l’Enfant-Jésus est déposé vient de l’auteur du 3ème évangile. Matthieu ne parle lui que d’une maison.

Les témoignages sur la vénération d’une crèche, située dans une grotte naturelle à Bethléem, sont très anciens : le milieu du 2ème siècle. Dès le 3ème siècle, des pèlerinages ont lieu sur place.  Les évangiles apocryphes détaillent un peu plus cet épisode de la nativité. Dans le proto-évangile de Jacques, la grotte est évoquée, ainsi que la présence d’une sage-femme, qui constate simplement la naissance extraordinaire du fils de Dieu et la virginité de Marie. Dans le Pseudo-Matthieu, l’âne et le bœuf apparaissent. Ces textes datant respectivement des IIe et VIème siècles font écho à des traditions relayées aussi avec les premières représentations graphiques de la nativité. Les décorations de plusieurs sarcophages du IVème siècle montrent par exemple les deux célèbres animaux de la crèche.

Les sculpteurs romans fixent dans la pierre les histoires de la nativité. Chapiteaux et portails de notre Bas-Poitou médiéval en gardent encore la trace : la Chaize-Giraud, Benet, Vouvant.

Au XIIIème siècle, La Légende dorée du dominicain Jacques de Voragine, le plus célèbre recueil de vie de saints de tout le Moyen-âge, fixe définitivement la tradition iconographique de la nativité.

LES CRÈCHES VIVANTES DU MOYEN-ÂGE

Les représentations artistiques de la nativité, dans les églises, dans les « Bibles de Noël » du XVIIe siècle, ou encore dans la peinture ne sont pas des crèches. Elles les précèdent et vont bien sûr les inspirer. Aux liturgies de Noël, des représentations théâtrales se rajoutent. La crèche vivante est née ainsi au Moyen-âge dans les églises, puis sur les parvis pour éviter tout débordement.

L’initiative de St François d’Assise est à remettre dans ce contexte. Trois ans avant de mourir, nous dit son biographe Saint Bonaventure, il eut envie de commémorer la nativité du Christ « pour pousser les gens à la dévotion ». Il fit réaliser ainsi une crèche vivante au château de Greccio, accompagnés de chants de louange, de lumières, et de la célébration de la sainte messe. L’instant fut solennel.

Thomas de Celano, un autre de ses biographes, raconta qu’il voulut donner à voir cette nuit de la nativité avec « les yeux du corps ». Si le « poverello » d’Assise ne fut pas à proprement parler l’inventeur de la crèche, cette dernière est néanmoins bien née en Italie, notamment dans les représentations sculptées de la nativité au cœur des grands sanctuaires : Sainte-Marie majeure (Ve siècle), Tolentino, St Etienne de Bologne, et encore il s’agissait de représentations permanentes et non liées au temps de Noël.

LA CRÈCHE, FILLE DE LA RÉFORME CATHOLIQUE

La contre-réforme catholique, avec sa pédagogie des images, et son souhait de faire s’approcher du mystère divin par les sens du fidèle, amplifie très fortement la diffusion des crèches et les propulse dans un rôle catéchétique. Dans de nombreuses églises, des groupes en bois sculptés ou en terre cuite font leur apparition, de nouveaux personnages rejoignent la Sainte Famille, tous sont chargés de couleurs, de tissus, d’or…l’émotion est palpable.

Les Jésuites, avec leur fondateur Ignace de Loyola, furent les promoteurs constants de la crèche, et ce dès 1562 à Prague. Les crèches napolitaines font sensation et connaissent une grande réputation, de véritables « écoles » de crèches naissent dans les villes italiennes.

Le profane fait son entrée dans cet univers normé et religieux. L’humble décor de la grotte de Bethléem se voit complété par des décors variés et régionaux, des bergers et des moutons en grand nombre, une suite chamarrée accompagne les rois mages.

Habitants, musiciens, danseurs, animaux rejoignent ces crèches du sud de l’Italie, conçues sur plusieurs étages, qui deviennent des œuvres monumentales. L’effet de perspective autorise la miniaturisation des personnages selon où ils sont placés, de nouveaux bâtiments apparaissent, et près d’une centaine de personnages se donnent rendez-vous pour la naissance du Sauveur !

DÉVELOPPEMENT DE LA CRÈCHE EN FRANCE

Les églises de France, quant à elles, connaissent de somptueuses réalisations, notamment à Pebrac (Haute-Loire), Montbenoît (Doubs), Nogent le Rotrou, Savigné-l’Evêque (Sarthe) ou encore Saint Paterne-Racan (Indre-et-Loire). En terre cuite peinte ou en bois polychrome, seuls quelques personnages sont représentés. Des crèches beaucoup plus sages et moins profanes que les crèches italiennes. La crèche de Chaource (Aude), datant des années 1540, est considérée comme la première véritable crèche en France, toujours visible aujourd’hui.

Aux XVIIe et XVIIIème siècles, les familles les plus aisées commandent pour leur intérieur des crèches miniatures, installées, tels de petits théâtres, dans des coffrets protégés par du verre filé. Si jusqu’au XVIIIème siècle, la crèche orne et décore les églises, mais aussi les cours princières et les grandes demeures aristocratiques, c’est bien au XIXème siècle, qu’elle rentre concrètement dans les foyers, ainsi que dans l’ensemble des églises. L’industrialisation favorise la production de figurines bon marché. Des « sainteries », ces manufactures spécialisées comme celles de Vendeuvre-sur-Barse (Aube), ou plus proche de nous Devineau à Nantes, connaissent une véritable apogée entre 1860 et 1930.

N’en déplaise à l’écrivain Léon Bloy qui fustigeait en son temps, toutes les productions de style sulpicien, les personnages de la crèche se standardisent, et ce style « Saint Sulpice » se diffuse et touche les cœurs des familles françaises. Parallèlement, les crèches à découper, dont l’imprimerie Pellerin d’Epinal en sera une des spécialistes, font la joie des enfants de la fin du XIXème siècle.

LA CRÈCHE PROVENÇALE

C’est la plus célèbre des crèches. Elle a conquis même les franges les plus nordiques de notre pays. Elle offre au regard de multiples santons, ces petits personnages d’argile, fabriqués dans un moule, séchés, puis colorés à la peinture à l’eau. Le mot santoun porte en lui une belle origine, puisqu’il signifie « petit saint ». Ils apparaissent après la Révolution, à la toute fin du XVIIIème siècle.

A cette époque, la Provence connaît aussi une vague d’engouement pour la crèche-spectacle. Les santons sont mécanisés, manipulés tels des marionnettes. Associés aux sons des instruments, aux noëls provençaux chantés, cette mode contribua à « provençaliser » les crèches en leur rajoutant des personnages, qui sont désormais des « classiques » : les bohémiens, l’aveugle, le ramoneur, le meunier, le poissonnier, l’ange Boufareu, le Tambourinaïre, le ravi, etc….Dès les années 1810-1820 et jusqu’à aujourd’hui, cette crèche, toute de bonhommie et de simplicité devient une institution. Au sein des familles provençales, on installe une crèche avec des santons d’argile.

Dans les églises, on installe de grandes crèches avec des personnages d’une trentaine de centimètres, en carton, habillés à la provençale, aux visages de bois sculpté et peint leur donnant une grande expressivité.  L’Enfant-Jésus, lui, est en cire.

LA CRÈCHE NOUS ENSEIGNE LA SIMPLICITÉ DE L’ENFANCE

Durant chaque nuit de Noël, la crèche s’intègre à la liturgie. Le prêtre dépose et encense l’Enfant-Jésus dans la crèche, installée non loin de l’autel. Il est donc important de vivre ce lien fort entre crèche et eucharistie. Bethléem ne signifie-t-il pas « maison du pain » ? Au dessus de la mangeoire de la crèche vivante de St François, le saint y célébra l’eucharistie.

La nativité étant comme ordonnée au mystère de la Passion, la messe de Noel actualise ainsi le mystère de la venue de Dieu parmi les hommes. La crèche, son histoire, ses personnages nous révèlent la simplicité de la présence de l’Emmanuel.

C’est la simplicité de l’Amour annoncé aux hommes, nous qui sommes souvent beaucoup plus compliqués à cause de notre péché. A nous de cultiver une grâce de simplicité, une grâce d’enfance dans notre relation au Christ et à nos frères, et de faire de nos crèches les écrins d’un si grand mystère.

Par Grégoire Moreau
CEV N°114 – Décembre 2014

Crèche provençale traditionnelle – Vitrine de la Maison du diocèse – 2021

Photos : ©Service communication – Diocèse de Luçon

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