Comment l’Eglise canonise ?

Comment devenir bienheureux ? Saint ? Yves Chiron répond à ces questions pour le diocèse de Luçon.

Au fil des siècles, l’Église s’est montrée de plus en plus rigoureuse dans la procédure pour proclamer la sainteté d’un de ses membres. Le plus ancien procès connu est celui mené en 1181 pour la canonisation d’un chevalier toscan devenu ermite, Galgano Guidotti. En 1588, a été créée la Congrégation des Rites pour examiner les causes de béatification et de canonisation (aujourd’hui il s’agit de la Congrégation pour les Causes des Saints).

La cause de béatification et de canonisation concerne un fidèle catholique qui a une réputation de sainteté (fama sanctitatis) parce qu’il a vécu « de manière héroïque l’ensemble des vertus chrétiennes » ou parce qu’il est mort en martyr.

Une première phase se déroule dans le diocèse où est mort le fidèle dont on veut promouvoir la cause. C’est une phase informative. Un postulateur est chargé de recueillir toute la documentation sur cette réputation de sainteté ou de martyre. C’est l’évêque du diocèse qui décide de l’ouverture officielle de la cause et engage canoniquement une enquête sur la vie, les vertus ou le martyre du fidèle qu’on qualifie, à ce stade, de Serviteur de Dieu. Pour les causes récentes seront interrogés, sous serment, des témoins ; pour les causes anciennes seront rassemblés tous les documents et témoignages écrits possibles. Cette enquête diocésaine se termine par l’envoi à la Congrégation pour les Causes des saints d’une Copie publique des témoignages et documents rassemblés.

La phase romaine est une phase d’étude et de vérification. Une Positio sur les vertus (ou sur le martyre) sera rédigée. Le Promoteur de la foi (celui qu’on surnomme parfois « l’avocat du diable ») présentera éventuellement les objections et pourra demander des compléments d’enquête. Si le jugement est positif, un décret sur l’héroïcité des vertus sera publié et le Serviteur de Dieu aura désormais le titre de Vénérable.

Pour qu’il soit béatifié, une guérison ou une autre grâce éclatante, due à son intercession, devra être reconnue comme miracle. Là aussi la procédure sera rigoureuse : enquête diocésaine, étude par la Congrégation (où existe une Commission médicale), rédaction d’une nouvelle Positio.

Pour qu’un fait extraordinaire (guérison ou autre) dû à l’intercession du vénérable soit reconnu comme miracle, il ne suffit pas que sa réalité et sa causalité soient établies, il faut qu’il ait été vécu comme la manifestation d’une grâce divine. Le décret reconnaissant un premier miracle permettra la béatification.

Le Bienheureux, dont le culte n’est que local, sera proclamé saint après la reconnaissance d’un second miracle, selon la même procédure. La canonisation à laquelle procède le Pape permet que le saint soit honoré par l’Eglise universelle.

Par Yves Chiron. Il est l’auteur de plusieurs biographies de papes contemporains (Pie IX, Pie X, Benoît XV, Pie XI). Il est aussi l’auteur d’une Enquête sur les béatifications et canonisations (Tempus, 2011).

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