Point culminant et sommet de la foi chrétienne, la fête de Pâques est précédée tout au long de la semaine Sainte par des jours de prière où chacun est invité à suivre le Christ. Rameaux, messe Chrismale, Jeudi Saint, Vendredi Saint et Vigile Pascale rythment la semaine Sainte 

Tout au long de la semaine Sainte, chacun est invité à suivre le Christ : avec la foule, d’abord, L’acclamant lors du Dimanche des Rameaux, au cours de la messe Chrismale, puis au cours du Triduum Pascal : pendant la célébration de la Cène, où Il institue l’Eucharistie, avant de se recueillir au jour de Sa Passion et Sa mort. Puis, c’est la Vigile Pascale où, dans la lumière, retentit cette parole : « Vous cherchez Jésus de Nazareth, le Crucifié ? Il est ressuscité ».

Dimanche des Rameaux

« Hosanna ! Béni soit celui qui vient au nom du Seigneur ! Béni soit le roi d’Israël ! »

En ce dimanche qui précède la fête de Pâques et qui ouvre la semaine sainte, la procession des Rameaux permet de faire mémoire et célébrer solennellement l’entrée messianique de Jésus à Jérusalem. Six jours avant la Pâque juive, Il entre dans la ville sainte. La foule, nombreuse, porte des rameaux (buis, oliviers, lauriers…) pour acclamer le Seigneur. Ce dimanche, les rameaux bénis à la main, les fidèles se mettent ensuite en procession, en marche à la suite du célébrant pour entrer dans l’église. Au cours de la messe, c’est le récit entier de la Passion qui est proclamé comme une invitation à accompagner Jésus au cours de chacun de ces jours saints.

La Messe Chrismale

« Que cette huile devienne ainsi l’instrument dont Tu te sers pour nous donner ta grâce au nom de Jésus- Christ, notre Seigneur ! »

Au cours de cette célébration, qui se déroulent généralement le lundi ou le mardi saint, l’évêque, entouré de tous les prêtres du diocèse qui le peuvent, « bénit » l’huile  qui servira à l’onction des malades et celle qui marquera les catéchumènes. Il « consacre » le saint chrême, utilisé en plusieurs sacrements : baptême, confirmation, ordination des prêtres et des évêques. (Exceptionnellement, la liturgie de la consécration d’une église, d’un autel, d’un calice… utilise aussi le saint chrême). Pour chaque rite, l’oraison prononcée par l’évêque indique la finalité et le sens de sa destination sacramentelle.

Le sacrement ou onction des malades s’appuie sur une pratique apostolique dûment attestée : Marc écrit : « Les Douze faisaient des onctions d’huile à de nombreux malades et les guérissaient » (6, 13). Et saint Jacques (5, 14) demande aux croyants d’appeler les prêtres de l’Eglise auprès d’un malade : « Qu’ils prient sur lui après lui avoir fait une onction d’huile au nom du Seigneur ! » Pour bénir cette huile, l’évêque demande « qu’elle soulage le corps, l’âme et l’esprit des malades qui en recevront l’onction ». Et s’adressant à Dieu, il dit : « Que cette huile devienne ainsi l’instrument dont Tu te sers pour nous donner ta grâce au nom de Jésus- Christ, notre Seigneur ! »

L’huile des catéchumènes sert à marquer les étapes de la préparation au cours du catéchuménat des adultes ou adolescents. Elle peut aussi être utilisée lors du baptême des petits-enfants. En aucun cas, elle n’est la « matière » du sacrement. En la bénissant, l’évêque supplie Dieu « d’accorder sa force aux catéchumènes qui en seront marqués ». Alors, « ils s’engageront de grand cœur dans les luttes de la vie chrétienne ».

Le saint-chrême reçoit une « consécration ». Il configure les baptisés et, plus nettement encore les confirmés, au Christ, « prêtre, prophète et roi ». Jésus n’a pas reçu d’onction rituelle ; sa consécration tient à son être même de Dieu fait homme. Par l’onction du saint-chrême, Il confère la même consécration à tous les membres de son Corps, à tout le peuple de Dieu.

Au cours de la messe chrismale, les prêtres sont invités à renouveler leurs promesses sacerdotales, à l’invitation de l’évêque : « Au jour de notre ordination sacerdotale, par amour du Christ et pour le service de son Eglise, nous avons reçu la charge du ministère qui nous était confié. Voulez-vous vivre toujours plus unis au Seigneur Jésus et chercher à Lui ressembler, en renonçant à vous-mêmes et en restant fidèles aux engagements, attachés à notre mission dans l’Eglise ? ». « Oui, je le veux ».

Le lavement des pieds

« Si donc moi, le Seigneur et le Maître, je vous ai lavé les pieds, vous aussi, vous devez vous laver les pieds les uns aux autres »

(Jean 13, 14)

Jeudi Saint

La Célébration de la Cène « Ceci est mon corps, qui est pour vous. Faites cela en mémoire de moi ».

La première étape consiste dans la « Cène du Seigneur », le « repas pascal » dont Jésus transforme le sens. De rite, commémorant l’événement fondateur du peuple d’Israël, Jésus institue, sous les espèces du pain et du vin, l’Eucharistie, signe de l’alliance nouvelle et éternelle. Et l’Eglise a voulu joindre à la liturgie le geste du lavement des pieds, hautement suggestif, où Jésus donne à la communauté des croyants, l’exemple du service fraternel. Après la méditation sur l’eucharistie et le sacerdoce vient donc « l’homélie en acte » du Christ, Serviteur de son Père et de ses frères. L’agenouillement du célébrant devant son frère dit mieux qu’un long discours que le sacerdoce est un service.

La « liturgie de l’Eucharistie » revêt donc, ce soir-là, une solennité exceptionnelle, alors qu’elle se déroule humblement, selon le rite ordinaire, comme l’exprime la mention « aujourd’hui ». L’Eucharistie perpétue et actualise (« mémorial ») l’offrande que Jésus fait de sa vie en unissant « la Cène » et « la Croix ». Désormais, cet acte singulier rendra partout présent le « Passage » de la création en Dieu. Le pain et le vin consacrés appellent le chrétien à devenir ce qu’il reçoit, le Corps du Christ ; il participe à l’amour dont Jésus a fait preuve ; il révèle à ses frères le sens sacré de l’univers.

A travers le « service » et la « présence », Jésus laisse à ses disciples un « testament » : « Faites cela en mémoire de Moi ». Le lavement des pieds, comme un service, est inclus dans ce testament. La mort à soi-même est signifiée dans le « passage » du pain et du vin au corps et au sang du Christ : Il « réalise » sur la Croix ce qu’Il avait annoncé et célébré rituellement à la Cène. Dès lors, l’Eucharistie engage le prêtre qui la célèbre et le fidèle qui y participe à vivre comme le Christ un « Passage » permanent vers le Père. L’Eucharistie transforme le monde dans son enfantement : dans l’Esprit-Saint, le chrétien découvre que tout, chez lui, a ou devrait avoir une « dimension eschatologique », le conduit vers sa fin dernière : Dieu.

A la fin de l’office, le Saint Sacrement est apporté en procession au reposoir où les fidèles sont invités à venir adorer et veiller dans la prière au cœur de la nuit. « Veillez et priez pour ne pas entrer en tentation », dit Jésus à ses disciples.

Vendredi Saint

« Via crucis », la tradition du chemin de croix

Dès les premiers siècles après la mort du Christ, les chrétiens voulurent revenir sur les pas de Jésus, là où Il vécut Sa passion et Sa résurrection.

En grand nombre, ils prirent la direction de Jérusalem, en pèlerinage sur les lieux saints. Pour ceux qui ne pouvaient pas se rendre sur place, fut imaginée et diffusée alors la dévotion du Chemin de la Croix. A l’aide de tableaux dans les églises, ou de croix sur les chemins, les fidèles pouvaient s’associer au calvaire du Christ.

Cette tradition s’est perpétrée tout au long des siècles et demeure encore aujourd’hui un moment important de prière le Vendredi Saint à 15 heures.

L’Eglise reconnaît cette dévotion, mais n’en a jamais fait une liturgie en tant que telle… Les fidèles sont invités à méditer lors des 14 stations les différents épisodes (dont certains sont issus de la tradition et non de l’Ecriture) de la passion et la mort du Christ, s’associant ainsi à Lui.

Ainsi, comme nous y invite le Pape François, le chemin de croix nous permet de nous rendre proches du Christ souffrant. « Le chemin de croix nous aide à nous décider : à  quels personnages nous identifions-nous ? Sommes-nous avec ou contre Jésus ? Le chemin de croix nous révèle aussi la réponse de Dieu au mal dans le monde et nous donne la certitude de l’amour fidèle de Dieu pour nous », dit le Saint Père.

La Crucifixion

Quand il eut pris le vinaigre, Jésus dit :
« Tout est accompli. »
Puis, inclinant la tête, il remit l’esprit.

(Jean 19, 30)

Photo ©David Fugère

Vendredi Saint

La Passion du Seigneur « O Père, en tes mains, je remets mon esprit »

Célébration austère et empreinte de la gravité inspirée par la mort du Seigneur. L’office comprend trois parties : la liturgie de la Parole, avec la Passion selon Saint Jean, et, en conclusion la prière universelle, la vénération de la Croix et la communion.

Après une prostration, le célébrant lit une oraison, et tous écoutent une page d’Isaïe (52, 13 – 53, 12) qui constitue une annonce de la Passion. Le psaume 30 évoque les sentiments du Christ ; et la lecture d’un passage de la lettre aux Hébreux médite sur le sens spirituel du sacrifice de Jésus : « Il devient la cause du salut éternel ». La Passion selon Saint Jean livre alors le témoignage direct du disciple qui a vu et vécu tout le drame personnellement : Jean nous hisse avec lui sur la colline où Celui qui meurt lègue le peuple des croyants à sa mère, terrasse le péché et la mort elle-même, accomplit parfaitement la volonté du Père, laisse échapper de son cœur transpercé l’eau et le sang qui communiqueront la vie.

« Les yeux fixés sur Jésus », nous prions aux grandes intentions de L’Eglise. Devant le Christ en croix, avec ferveur, nous élargissons notre cœur aux dimensions du monde, pour unir les souffrances de nos frères au sacrifice du Christ.

« Venez, adorons le Seigneur ! » C’est aux accents de ce refrain et des fameux « Impropères » que les membres de l’assemblée viennent adorer la Croix qui a porté le salut du monde. D’un cœur contrit, nous écoutons Jésus énumérer ses bienfaits et nous adresser les « reproches » mérités par notre ingratitude et nos péchés : « Que t’ai-je fait, ô mon peuple ? ». Plus que les humiliations de la Passion, c’est la gloire de la croix qui éclate dans cette célébration, car l’Eglise ne commémore pas la mort du Seigneur sans faire mémoire, en même temps, de sa Résurrection. C’est le Christ vainqueur qu’elle salue en L’acclamant : « O Dieu saint, ô Dieu fort, ô Dieu immortel, prends pitié de nous ! »

La communion, ce jour-là, revêt un sens particulier. En communiant à la Passion du Christ, les fidèles s’unissent à toute la rédemption. Ils se décident à suivre leur maître, le Christ, de plus près sur le chemin du don total d’eux-mêmes : « Pas de plus grande preuve d’amour que de donner sa vie pour ceux qu’on aime ! » (Jean 15, 13) Jésus en donne l’exemple aujourd’hui.

Vigile Pascale

« Ressuscité d’entre les morts, le Christ ne meurt plus ; la mort n’a plus de pouvoir sur Lui »

Sommet de la semaine sainte et même de toute l’année liturgique, la vigile (ou veillée) pascale, où l’on célèbre la Résurrection du Christ, constitue le pivot et comme la référence de toute liturgie, le point culminant et la nuit sainte de tous les chrétiens. La Résurrection marque l’origine et le point central de la vie chrétienne.

Pour l’illustrer, diverses étapes ont été établies lors de la Restauration de cette Vigile, en 1955, avant le Concile Vatican II : l’office de la Lumière (feu nouveau, cierge pascal, annonce de la Pâque) ; liturgie de la Parole (pages et psaumes de méditation de l’Ancien Testament, épître de Paul et Evangile) ; liturgie baptismale et rénovation des promesses) ; liturgie de l’Eucharistie.

L’attention est d’abord attirée sur le cierge pascal, décoré en hommage au Christ Ressuscité et « Maître des temps et de l’Histoire », lumière pour « tout homme venant en ce monde » (Jean 1, 9). Le cierge pascal trône dans le chœur de l’église. Et le célébrant exalte son symbole en termes solennels : « Dans la grâce de cette nuit, accueille, Père saint, en sacrifice du soir la flamme montant de cette colonne de cire que l’Eglise T’offre par nos mains. Permets que ce cierge pascal, consacré à Ton nom, brûle sans déclin dans cette nuit. Qu’il soit agréable à Tes yeux, et joigne sa clarté à celle des étoiles. Qu’il brûle encore quand se lèvera l’astre du matin, Celui qui ne connaît pas de couchant, le Christ, Ton Fils ressuscité, revenu des enfers, répandant sur les humains sa lumière et sa paix, Lui qui règne avec Toi et le Saint-Esprit, maintenant et pour les siècles des siècles ».

Autre « temps fort » (parmi plusieurs) de cette veillée, les baptêmes et la rénovation des promesses baptismales. Quelle que soit la date de notre baptême, nous avons tous été baptisés dans la nuit de Pâques. Ensevelis avec le Christ dans sa mort, les disciples ressuscitent avec Lui dans le bain de la nouvelle naissance. Un dialogue en deux temps (renonciation au mal et engagement dans la foi) s’instaure entre le célébrant et les fidèles : « Pour vivre dans la liberté des enfants de Dieu, rejetez-vous le péché ? – Oui, je le rejette » et « Croyez-vous en Dieu le Père tout-puissant, créateur du ciel et de la terre ? – Nous croyons. »

Dans la vigile pascale, le peuple de Dieu retrouve son histoire et ses « sources ». Dieu le guide sur la route de la terre promise définitive. Alleluia !

Anne Detter-Leveugle avec l’aimable participation du chanoine Christian Daleau

Photo ©David Fugère

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