Samaritanus Bonus, le soin des personnes en fin de vie

A la demande du Saint Père le Pape François, le 14 juillet 2020, la congrégation pour la doctrine de la foi, après plusieurs années de réflexion,  a publié une lettre intitulée, « le bon samaritain » sur le soin des personnes en phases critiques et terminales de la vie.

Le contexte sociétal, politique mais aussi législatif que nous connaissons aujourd’hui montre la grande opportunité de ce document dont la publication est malheureusement passé trop inaperçu.

Père Philippe Gauer

Fin de vie et accompagnement

Interdiction de l'euthanasie

Acharnement thérapeutique

La question des soins palliatifs

Soins prénataux et pédiatriques

La question de la conscience

L'objection de conscience

Quelques extraits de Samaritanus Bonus

FIN DE VIE ET ACCOMPAGNEMENT

Il est difficile de reconnaître la valeur profonde de la vie humaine lorsque, malgré tous les efforts déployés, elle continue à nous apparaître dans sa faiblesse et sa fragilité. […]

C’est pourquoi il semble nécessaire de partir d’une réflexion approfondie sur la signification propre des soins, afin de comprendre la signification de la mission spécifique confiée par Dieu à chaque personne, agent de santé ou de pastorale, ainsi qu’au malade lui-même et à sa famille.

L’expérience des soins médicaux part de cette condition humaine, marquée par la finitude et la limite, qui est la vulnérabilité. Par rapport à la personne, elle s’inscrit dans la fragilité de notre être, à la fois “corps”, matériellement et temporellement fini, et “âme”, désir d’infini et vers une destination éternelle.

INTERDICTION DE L’EUTHANASIE ET DU SUICIDE ASSISTÉ

L’Église considère nécessaire de réaffirmer comme un enseignement définitif que l’euthanasie est un crime contre la vie humaine parce que, par un tel acte, l’homme choisit de causer directement la mort d’un autre être humain innocent. La définition de l’euthanasie ne procède pas de la mise en balance des biens ou des valeurs en jeu, mais d’un objet moral dûment spécifié, c’est-à-dire du choix d’ « une action ou une omission qui, de soi ou dans l’intention, donne la mort afin de supprimer ainsi toute douleur »[1]. « L’euthanasie se situe donc au niveau des intentions et à celui des procédés employés »[2]. […]

L’euthanasie est donc un acte intrinsèquement mauvais, quelles que soient l’occasion ou les circonstances. L’Église a déjà dans le passé affirmé de manière définitive « que l’euthanasie est une grave violation de la Loi de Dieu, en tant que meurtre délibéré moralement inacceptable d’une personne humaine.

[1] Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Iura et bona (5 mai 1980), II : AAS 72 (1980), 546.

[2] Jean-Paul II, Lett. enc. Evangelium vitae (25 mars 1995), n. 65 : AAS 87 (1995), 475 ; cf. Congrégation pour la Doctrine de la Foi, Décl. Iura et bona (5 mai 1980), II : AAS 72 (1980), 546.

EXCLURE L’ACHARNEMENT THÉRAPEUTIQUE

Dans le cas spécifique de l’acharnement thérapeutique, il convient de rappeler que le renoncement à des moyens extraordinaires et/ou disproportionnés « n’est pas équivalent au suicide ou à l’euthanasie; il traduit plutôt l’acceptation de la condition humaine devant la mort [1]» ou le choix réfléchi d’éviter la mise en place d’un dispositif médical disproportionné par rapport aux résultats que l’on peut espérer. […]

La proportionnalité, en effet, fait référence à la totalité du bien du malade

[1] Jean-Paul II, Lett. enc. Evangelium vitae (25 mars 1995), n. 65 : AAS 87 (1995), 476.

LES SOINS PALLIATIFS

La continuité de l’assistance inclut le devoir constant de comprendre les besoins du malade : besoins d’assistance, soulagement de la douleur, besoins émotionnels, affectifs et spirituels. […]

L’assistance spirituelle au malade et à sa famille fait partie des soins palliatifs. Elle donne confiance et espérance en Dieu à la personne mourante et aux membres de sa famille, aidant ceux-ci à accepter la mort de leur proche. […]

À ce stade, la détermination d’une thérapie efficace pour soulager la douleur permet au patient d’affronter la maladie et la mort sans craindre une douleur insupportable. Ce remède devra nécessairement être associé à un soutien fraternel permettant de surmonter le sentiment de solitude du patient, souvent causé par le fait de ne pas se sentir suffisamment accompagné et compris dans sa situation difficile. […]

SOINS PRÉNATAUX ET PÉDIATRIQUES

En ce qui concerne l’accompagnement des nourrissons et des enfants souffrant de maladies dégénératives chroniques incompatibles avec la vie ou en phase terminale de la vie elle-même, il est nécessaire de réaffirmer ce qui suit, en étant conscients de la nécessité de développer une stratégie opérationnelle capable d’assurer la qualité et le bien-être de l’enfant et de sa famille.

Depuis leur conception, les enfants souffrant de malformations ou de pathologies de toutes sortes sont de petits patients que la médecine d’aujourd’hui est toujours en mesure d’aider et d’accompagner en respectant la vie. Leur vie est sacrée, unique, non reproductible et inviolable, exactement comme celle de tout adulte.

LA QUESTION DE LA CONSCIENCE

Pour soulager la douleur du malade, la thérapie analgésique utilise des médicaments qui peuvent provoquer une suppression de la conscience (sédation). Un sens religieux profond peut permettre au patient de vivre la douleur comme une offrande spéciale à Dieu, dans la perspective de la Rédemption[1] ; l’Église affirme cependant la licéité de la sédation dans le cadre des soins qui sont offerts au patient, afin que la fin de la vie se fasse dans la plus grande paix possible et dans les meilleures conditions intérieures. […]

D’autres situations importantes sont celle du malade privé de conscience de façon persistante, ce qu’on appelle “état végétatif”, et celle du malade en état de “conscience minimale”. Il est toujours totalement trompeur de penser que l’état végétatif et l’état de conscience minimale, chez des sujets qui respirent de façon autonome, soient le signe que le malade a cessé d’être une personne humaine avec toute la dignité qui lui est propre[1].

[1] Cf.Jean-Paul II, Discours aux participants au Congrès international promu par la Fédération internationale des Associations des médecins catholiques (20 mars 2004)

[1] Cf. Pie XII, Allocutio. Trois questions religieuses et morales concernant l’analgésie (24 février 1957)

L’OBJECTION DE CONSCIENCE

Face à des lois légitimant – sous quelque forme d’assistance médicale que ce soit – l’euthanasie ou le suicide assisté, toute coopération immédiate, formelle ou matérielle, doit toujours être refusée. Ces contextes constituent un domaine spécifique du témoignage chrétien, dans lequel « il faut obéir à Dieu plutôt qu’aux hommes » (Ac 5, 29).

Il n’existe ni droit au suicide ni droit à l’euthanasie : le droit existe pour protéger la vie et la coexistence entre les hommes, pas pour causer la mort. Il n’est donc jamais licite pour quiconque de collaborer à de tels actes immoraux ou de laisser entendre que l’on puisse en être complice en paroles, par action ou par omission. Le seul vrai droit est celui du malade à être accompagné et soigné avec humanité. Ce n’est qu’ainsi que sa dignité pourra être préservée jusqu’à sa mort naturelle. « Aucun agent de santé, par conséquent, ne peut devenir le tuteur exécutif d’un droit inexistant, même lorsque l’euthanasie est demandée en toute conscience par la personne concernée »[1].

[1] Conseil Pontifical pour la Pastorale des Services de la Santé, Nouvelle Charte des Personnels de Santé, n. 151.

Découvrir "Samaritanus Bonus" en intégralité

Le Bon Samaritain qui quitte son chemin pour venir au secours de l’homme souffrant (cf. Lc 10, 30-37) est l’image de Jésus-Christ qui rencontre l’homme ayant besoin de salut et qui soigne ses blessures et ses douleurs avec « l’huile de la consolation et le vin de l’espérance ».[1]Il est le médecin des âmes et des corps et « le témoin fidèle » (Ap 3, 14) de la présence salvatrice de Dieu dans le monde.

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